Grandes cuvées de Champagne

La contrefaçon de marques

Au-delà des vulgaires copies chinoises et du re-remplissage de flacons originaux par des experts de petite vertu, la contrefaçon de marques représente une part non-négligeable du marché de la contrefaçon. Certes minoritaire, cet aspect de la contrefaçon consiste à utiliser la notoriété de noms de marques ou d’appellations dans le but de séduire les consommateurs à mauvais escient.

De fait les spécificités de cet aspect de la contrefaçon concernent principalement la propriété intellectuelle, le dépôt des marques et la difficulté de leur application dans un contexte de mondialisation.

1. La copie de marque

Le cas des bouteilles contrefaites de Lafite-Rothschild qui inondent le marché chinois est d’une certaine manière le plus ‘facile’, dans la mesure où la contrefaçon est évidente à établir. Un simple coup d’œil suffit dans la plupart des cas à révéler la contrefaçon, même si en pratique il est presque impossible de s’en prévaloir.

Il sera encore plus difficile d’établir réparation lorsque la marque est copiée avec des termes proches mais différents de l’original, qui feront appel à l’imaginaire des consommateurs dans le but qu’il assimile l’une à l’autre. On peut envisager qu’un producteur peu scrupuleux tâche de lancer un Château Latoure ou un Domaine de la Ramonée-Conte en espérant vendre à prix d’or un vin médiocre à une clientèle peu connaisseuse, à qui le nom va « rappeler quelque chose ».

Au producteur alors de pister ces copies, et d’engager une procédure légale pour démontrer le cannibalisme du faux sur l’original par un certain nombre de similarités orthographique, phonétique, signalétique et graphique.

2. La création de fausse marque

Variante de raisonnement, on peut envisager une création de marque de toutes pièces sous appellation usurpée. Des trafiquants italiens ont ainsi été arrêtés pour avoir écoulé du Chianti aux Etats-Unis sous des noms de propriété inexistants. Ils utilisent ainsi l’illustre appellation Chianti pour faire vendre leur produit qui est évidemment du vin de piètre qualité acheté en vrac, et embouteillé sous un faux nom et une appellation trompeuse.

Ainsi, dans la mesure où ils n’utilisent pas de nom de propriété connue risquant de se retourner contre eux, ils profitent de délais allongés afin d’écouler un maximum de marchandise avant qu’un client averti ou un distributeur attentif ne découvre le pot aux roses en signalant la supercherie aux autorités compétentes du pays.

3. Les appellations devenues « génériques »

Le système des AOC / AOP en France et leurs équivalents européens et mondiaux sont relativement récents. Eux seuls permettent de protéger ces noms, même si l’application de la loi est souvent soumise à la création d’accords bi- ou multi-latéraux entre les pays concernés, quant ils existent.

La notoriété globale de certaines appellations peut souvent suffire à faire vendre des produits, en faisant notamment appel au prestige auquel ils sont associés dans l’esprit des consommateurs.
Ainsi le terme « Chablis », appellation tellement connue que certains ont pu pensé qu’elle en devienne un terme générique, a déjà été utilisé en Californie pour vendre du Chardonnay autochtone sec et minéral. On retombe sur la problématique des noms de marques devenues termes génériques, comme Mobylette, Frigidaire…

La juste utilisation du nom dépend alors de la protection de ce nom, sous couvert ici du système des Appellations d’Origine Protégée – facile à contrôler dans les pays de l’Union Européenne. Dans les autres marchés principaux hors UE, des accords bilatéraux permettent de combler les vides juridiques, comme cela a été le cas pour le mot ‘Champagne’ aux USA et au Canada.

4. Le cas du Champagne

La protection du terme Champagne par les institutions qui représentent les grandes maisons champenoises est un cas d’école qui trouve souvent sa place dans les cours d’école de commerce et de marketing, et de propriété intellectuelle.
L’insistance précoce à protéger ce nom fait du Champagne l’une des appellations les mieux protégées au monde et une référence en la matière.
La Champagne postule d’ailleurs, par l’intermédiaire du Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne, au Patrimoine mondial de l’UNESCO, qui devrait en théorie aboutir cet été 2015.

Le premier procès concernant l’utilisation du terme Champagne a eu lieu en France en 1848, une cinquantaine d’années avant la création des appellations contrôlées et de l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine). Un arrêt de la cour de cassation a alors donné droit aux champenois qui contestaient l’élaboration d’un Champagne dans la Loire.

Au Royaume-Uni, un procès retentissant à Londres à propos du « Spanish Champagne » amena dès 1960 l’interdiction des contrefaçons de la marque Champagne sur leur territoire.
Sur le continent américain, l’INAO a engagé de nombreuses poursuites concernant des utilisations abusives du terme Champagne dans des boissons effervescentes locales. Les vins effervescents provenant de la région Champagne ne sont protégés par des accords bilatéraux que depuis 2006 aux Etats-Unis, et 2003 au Canada (avec application en 2013).

En France, l’utilisation abusive du terme Champagne a concerné des produits d’origines variées, auxquels les concepteurs ont voulu associer une connotation prestigieuse.
Ainsi les cigarettes Champagne de la Seita ont été interdites dans les années 80 ; le parfum Champagne d’Yves-Saint-Laurent a été interdit en 1993 après 6 mois de ventes florissantes.
Certaines spécialités comme les « biscuits Champagne » ont vu l’utilisation de leur appellation se préciser, voire se rétrécir, afin d’exclure toute confusion dans l’esprit des consommateurs.

 

Si certains cas de contrefaçons de marques sont faciles à établir, mais difficiles à éradiquer, d’autres peuvent être difficiles à établir et faciles à éradiquer.
Entre ces deux extrêmes, il existe une multitude de cas particuliers témoignant du foisonnement d’idées des faussaires et des marketeurs. Le temps joue souvent en faveur des contrefacteurs, qui peuvent écouler d’énormes quantités de produits avant que l’usurpation ne soit validée légalement, quand elle peut l’être.
Et certains cas sont très difficile à mettre dans la balance, comme cette plainte déposée le 16 avril 2015 par le domaine Joseph Phelps aux Etats-Unis contre Moët Hennessy qui commercialise un vin mousseux californien sous le nom « Delice »… qui est une marque déposée aux Etats-Unis par le plaignant en 1987.
Ou l’arroseur arrosé.

 

Sources:
Marianne Dessis : « Champagne! Appellation d’Origine… Incontrôlée? »
Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne : « Le Comité Champagne »
André Enders : « La contrefaçon, vous avez dit Champagne? »
Le Figaro : « Patrimoine mondial de l’UNESCO, la Champagne se mobilise »
Idealwine : « Moët Hennessy accusé de contrefaçon de marque par un producteur de la NAPA »
Eric Przyswa : « La contrefaçon sur le marché des vins et spiritueux »

Bouteille vide dont l'étiquette a été signée et datée

Panorama des technologies anti-contrefaçon

Avant une étude plus poussée de chaque méthode ou technologie anti-contrefaçon dont on dispose aujourd’hui, je vous propose un petit panorama des différents éléments qu’il est envisageable de protéger sur une bouteille de vin ou de spiritueux.

Les fabricants, producteurs, fournisseurs et sous-traitants sont évidemment concernés en premier lieu. Pour ce qui est du consommateur final, certaines de ces technologies impliquent une interaction, par exemple via une photo prise par son téléphone portable, ou un simple code-barres ou numéro de série permettant de vérifier la traçabilité du produit par internet.

Dans le cas particulier des grands crus, les particuliers peuvent aussi avoir un rôle à jouer, à commencer par acheter leurs vins par l’intermédiaire de réseaux spécialisés reconnus comme le rappelle le message d’avertissement du site internet du Domaine de la Romanée-Conti.
Dans tous les cas, ne pas oublier la technique la plus simple, la plus facile et la plus évidente qui soit : apposer au stylo bille son nom, sa signature ainsi que la date de dégustation au beau milieu de l’étiquette du contenant fraîchement vidé. Cela permet d’éliminer de facto la technique privilégiée des faussaires, à savoir le refilling, la récupération des bouteilles vides en vue de les re-remplir de liquides divers et variés.

1. La caisse ou le packaging

La caisse en carton, en bois, ou le packaging individuel pour les bouteilles d’alcool sont facilement ouvrables et réutilisables. Bien que ces emballages individuels d’alcool ou ces caisses d’origine de vin en bois sérigraphié soient assez coûteux à reproduire fidèlement, il ne représentent qu’un intérêt faible pour la lutte contre la contrefaçon.

Le problème le plus important se pose dans le cas des vins qui sont vendus dans leur caisse en bois d’origine (cbo pour caisse bois d’origine, ou owc en anglais, pour original wooden case). Certains malins se sont amusés à vendre de telles caisses intactes en apparence dont les bouteilles contenues avaient été interchangées par d’autres de valeur moindre. En effet comme dans le cas de certains autres produits, notamment de technologie ou de collection, un emballage non ouvert augmente la valeur du produit elle-même.
Le Domaine de la Romanée-Conti dote ainsi depuis peu ses caisses en bois de fins cerclages sérigraphiés pour lutter contre ce phénomène, même si la technique n’est pas inviolable, c’est un frein de plus aux faussaires. En effet, aucune technologie anti-contrefaçon n’est sûre à 100% à ce jour, c’est à mon sens la combinaison de plusieurs méthodes qui offriront la meilleure protection globale.

A noter aussi, les puces RFID sur les bouteilles permettent une lecture sans ouverture préalable de la caisse, ce qui facilite le contrôle éventuel pendant les étapes logistiques. Une puce RFID seule sur la caisse est également possible ; certaines entreprises développent même un système permettant de vérifier la bonne conservation des caisses pendant le transport, avec notamment une étiquette dont la couleur thermo-sensible valide le non dépassement d’une température maximale. La mauvaise conservation de certaines caisses dans des conteneurs avion ou bateau est il me semble la principale cause de bouteilles ‘coulantes’, dont on voit parfois de beaux spécimens sur les ventes aux enchères et qui se transforment au fil des ans en patates chaudes pour les professionnels ou collectionneurs.

2. La capsule et le bouchon

Les capsules à vis, qui se développent beaucoup sous l’impulsion des producteurs du nouveau monde, ne concernent pas les vins haut de gamme. En outre, il doit être facile notamment pour les spiritueux d’appliquer un nouveau système complet de bouchon à vis sur une bouteille utilisée puis remplie à nouveau.
Le bouchon synthétique autorise un marquage aisé, mais il ne concerne ni les spiritueux ni les vins haut de gamme sujets à la contrefaçon.
Quant au bouchon en liège incontournable pour la bonne conservation sur le long terme des grands crus, il est très difficile d’y intégrer un marqueur dans la mesure où celui-ci est un produit naturel dont la structure hétérogène doit permettre la respiration du vin.

La capsule paraît plus facile à protéger, l’histoire nous a démontré qu’il était pourtant possible de la falsifier (cf l’affaire Rudy Kurniawan).

3. La bouteille

Afin de permettre la traçabilité des contenants en verre, quels qu’ils soient, les fabricants sont tenus d’y incorporer à leur base une suite de marqueurs uniques. Ainsi en cas de défaillance, il est possible de déterminer le pays, le fabricant, ainsi que la série de production.
Cela pourrait amener à penser, à tort, comme dans cet article du site de Jancis Robinson, que la bouteille en verre est le moyen le plus évident de lutte contre la contrefaçon. Le coût des machines servant à fabriquer les bouteilles, le coût unitaire de production d’une bouteille en petite série, ainsi que l’existence effective de ces marqueurs uniques sont autant d’éléments qui soutiennent la thèse de la meilleure technique anti-contrefaçon au jour d’aujourd’hui.

Mais dans le cas du vin et des spiritueux, la technique la plus répandue chez les contrefacteurs est le ‘refilling’, le remplissage d’une bouteille vide. Ces marqueurs, aussi uniques soient-ils, seront donc justes pour une bouteille contrefaites par ‘refilling’ tant que le couple étiquette-bouteille reste uni.

Le prix de vente d’une bouteille vide de Lafite peut atteindre 450 dollars… Sans commentaires.
Des réseaux de récupération de bouteilles vides (par ailleurs associés à leurs bouchons et packagings éventuels afin d’éviter les techniques d’appairage) ont été démantelés par le passé en Chine.

Même aux USA et pas plus tard qu’en mai 2013, une opération de contrôle dans le New Jersey a épinglé 29 établissements qui remplissaient leur bouteilles vides d’alcools répandus tels que Jim Beam, Jack Daniel’s, Absolut ou Smirnoff avec des spiritueux de qualité moindre.

4. L’étiquette et la contre-étiquette

Technologie aidant, il existe aujourd’hui beaucoup de techniques plus ou moins élaborées permettant d’intégrer des marqueurs dans une étiquette ou une contre-étiquette : choix des encres, embossage, micro-impression, micro-perforation, code ou numéro de série visible ou invisible.

Malheureusement soit ces techniques sont facilement reproductibles, soit il est difficile pour le consommateur final d’avoir un accès facile à la vérification de son produit.
Seul le code-barres ou le numéro de série pourrait permettre une vérification relativement aisée par un consommateur final ; or il est tout à fait possible qu’une bouteille, dont le code-barres a été scanné lors d’une première vente chez un professionnel, se retrouve sur une vente aux enchères si le premier acheteur particulier décide de la revendre plutôt que de la boire. Alors à quel moment, ou de quelle manière peut-on considérer que tel ou tel numéro de série a déjà été consommé?

Les techniques telles que les encres spéciales, les impressions invisibles ou les micro-impressions ne sont à priori valables que pour vérification par des professionnels dans le cadre de vérification et/ou de démantèlement d’un réseau présumé.

L’intégration d’un hologramme semble être la technique la plus efficace à ce jour, poussée par son coût de reproduction élevé qui décourage les faussaires, fortement mais pas complètement.

Notons quelques initiatives isolées, comme les fameuses étiquettes de Mouton-Rothschild qui diffèrent chaque année, mais qui ne font que compliquer le travail des faussaires ; ou la maison Chapoutier dans le Rhône, qui intègre une lecture en braille de ses étiquettes par embossage. A la fois malin et favorisant l’accès aux personnes ayant une déficience visuelle, malheureusement l’immense majorité des consommateurs ne sait pas lire le braille et ne pourrait pas faire la différence avec une contrefaçon. Cela dit, la hausse du prix de revient d’une telle contrefaçon, aussi mauvaise puisse-t-elle être, poussera certainement les faussaires à s’orienter vers d’autres marques dont les étiquettes sont plus faciles à reproduire.

5. Le contenu

Tous les vins et les spiritueux ont une structure chimique qui leur est propre, et permet leur identification à coup sûr par des professionnels en laboratoire.
Une fois de plus, cette technique, de par son coût prohibitif et la nécessité de desceller le contenant, ne concerne que les professionnels en vue d’une vérification, ponctuelle ou ciblée.

Pour le cas des spiritueux, il est envisageable d’intégrer un ou des marqueurs au produit lui-même. Cependant la complexité et donc le coût de telles techniques ne permet qu’aux grandes multinationales d’y recourir.
Le groupe Pernod Ricard a semble-t-il utilisé cette technique par le passé avec le Ricard, permettant facilement aux douaniers par exemple, de contrôler le contenu des bouteilles entamées dans les débits de boissons. Il suffisait d’y tremper un papier dont la couleur obtenue permettait à coup sûr de prouver la cohérence entre contenant et contenu, et lutter ainsi contre l’achat du même produit (ou presque) à l’étranger par les débitants de boissons, au marché officiel ou au marché noir. En effet, facile pour un patron de bar d’aller acheter la même bouteille moins taxée en Italie, en Andorre ou en Espagne, puis d’en verser la contenu dans une bouteille dotée d’une étiquette française.

 

En conclusion, aucune technique ne semble être fiable à 100% aujourd’hui. Il semblerait que seule une combinaison de plusieurs de ces méthodes permette à la fois une vérification aisée par le consommateur final, un contrôle de la traçabilité par le producteur et les autorités compétentes, ainsi qu’un découragement des faussaires par des techniques complexes ou des coûts de contrefaçon prohibitifs.

 

Sources :
Jancis Robinson : « A novel suggestion for smashing wine fraud »
Eric Przyswa : « La contrefaçon sur le marché des vins et spiritueux »
Maison M. Chapoutier : site officiel
Château Mouton-Rothschild : site officiel

Assiette saine de légumes et crustacés grillés

French paradox: le vin et la santé, l’accord parfait

I. L’origine du paradoxe français

Depuis l’Antiquité, les écrits regorgent de recettes curatives et de prescriptions à base de vin. Les égyptiens, les grecs, les romains, autant de peuples qui avaient saisi certaines vertus du vin, pourtant mélangé alors à des épices, des herbes, du miel, des fruits secs ou de l’eau. Ces vertus médicinales étaient principalement antipyrétiques (contre la fièvre!), diurétiques ou désinfectantes.

Depuis Hippocrate et jusqu’à Pasteur, le corps médical avait effectivement recours aux vertus du vin pour traiter telle ou telle maladie : le vin blanc pour la diurétique, le bourgogne rouge pour les maux gastriques, le bordeaux rouge pour les troubles digestifs, et le champagne pour la nausée et le rhume du cerveau.

Avec le développement des technologies, des études scientifiques ont fleuri depuis l’entre-deux-guerres afin de mesurer plus précisément ses différentes qualités préventives. En 1940, on démontre que le vin contient des vitamines A, B et C ainsi qu’une douzaine de minéraux essentiels au métabolisme. En 1970, tandis qu’un professeur bordelais formule l’hypothèse selon laquelle le vin protège le système cardio-vasculaire, le professeur Serge Renaud part avec son bâton de pèlerin sur les routes de France, de Belgique et d’Ecosse pour étudier et comparer dans sa caravane-laboratoire les effets de l’alimentation sur la santé et les liens entre la nutrition et la coagulation sanguine.

Au milieu des années 80, l ‘Organisation Mondiale de la Santé organise une étude à grande échelle pour mettre en corrélation l’alimentation des populations des pays industrialisés avec les maladies cardio-vasculaires. Seuls le Japon et sa cuisine hypolipidique à base de riz, soja et poisson cru, grillé ou mariné, et la Crête, qui fait la part belle aux aliments riches notamment en vitamines C et E, en fibres et en oméga 3, donnent de meilleurs résultats que la France, et plus particulièrement le Sud-Ouest. La présence de la France sur ce podium interpelle beaucoup les anglo-saxons, pour qui la France est un pays de bonne chère, doté d’une alimentation plutôt riche ainsi que d’un ancrage profond d’habitudes autour de l’alcool et du tabac.

En 1990, le journaliste américain Edward Dolnick utilise le premier l’expression French paradox, en citant les travaux du docteur français Jacques Richard dans le magazine Health. En 1991, Serge Renaud expose ses résultats à la télévision américaine sur la chaîne CBS News, et popularise ainsi l’expression French paradox. L’émission d’information est suivie outre-atlantique par près de 20 millions de téléspectateurs, et son impact est tel en Amérique du nord et en Asie qu’il stimulera à la fois la recherche scientifique et les ventes de vin : en un laps de temps très court, les exportations de vin français aux USA quadruplent.

Les études scientifiques se multiplient jusqu’à la fin des années 90, catalysées notamment par l’avènement grandissant de la malbouffe des pays anglo-saxons. L’apogée de ce mouvement a lieu en 2000, au Congrès mondial de la Vigne et du Vin, organisé par l’Office International de la Vigne et du Vin du 19 au 23 juin ; pour la première fois en 75 ans, une section entière du Congrès permet le rapprochement de professionnels, de scientifiques et de médecins.

En parallèle de ces découvertes et malgré une baisse de la consommation de vin dans les pays historiquement producteurs comme la France, la production mondiale de vin a augmenté de 85% dans la seconde moitié du XXème siècle, et le nombre de pays producteurs a quasiment doublé.

 

II. L’alimentation au cœur de la santé aujourd’hui

Toutes ces études mêlant mode de vie, alimentation et statistiques médicales permettent au XXIème siècle de dépeindre avec précision le tableau d’une nutrition idéale, dont se rapproche naturellement le régime crétois. Outre l’absence de stress et de pollution, les secrets alimentaires d’une bonne santé et d’une longévité optimisée sont les suivants :

Corps gras et aides à la cuisson
– huile d’olive, riche en composés phénoliques (particulièrement l’huile vierge de première pression à froid)
– huile de pépins de raisins ou huile de colza, riches en oméga 3 et antioxydants
– margarine à base d’huile de colza, riche en oméga 3
– graisse d’origine animale non mammifère, plus riche en ‘bon’ cholestérol (HDL) qu’en ‘mauvais’ cholestérol (LDL)

Aliments
– viandes non mammifères, plus riches en ‘bon’ cholestérol (HDL) qu’en ‘mauvais’ cholestérol (LDL) comme le canard, l’oie, la pintade, la poule, la dinde
– crustacés et poissons y compris les poissons gras comme la truite et le saumon, pauvres en mauvais cholestérol et riches en acides gras insaturés
– abats, riches en protéines, sels minéraux et oligo-éléments
– fruits et légumes frais de saison, crus ou cuits, riches en vitamines, fibres et antioxydants
– céréales, comme le riz, le soja, le quinoa, et le pain complet ou aux céréales, riches en fibres
– légumineux, comme les lentilles, les haricots, les pois, les fèves, et certains fruits secs, riches en fibres, en protéines végétales et en acides aminés

Boissons
– eaux, plate ou naturellement gazeuse, riches en minéraux et oligo-éléments
– jus de fruits fraîchement pressés, riches en vitamines et fibres
– le vin, riche en antioxydants comme les polyphénols, principalement rouge et à dose raisonnable

 A éviter ou à consommer très modérément
– la viande rouge et la charcuterie
– le lait de vache
– le beurre
– les sodas

 

III. Le vin au cœur de la polémique

Certains interdisent sa publicité, d’autres imposent des mentions étranges sur son étiquette, le moins que l’on puisse dire c’est que le vin ne fait pas l’unanimité. N’en déplaise à ces acharnés à la démarche douteuse, le vin, à dose raisonnable, est bon pour la santé. Mettre le vin dans le sac ‘alcool’ est une facilité digne des contre-défenseurs des libertés individuelles.

Oui l’alcoolisme est un fléau, voilà une belle porte enfoncée. L’excès d’alcool mène à bien des maladies qui pèsent sur le budget de notre sacro-sainte sécurité sociale, il est vrai. Sans parler de la sécurité routière, la communication sur l’alcool au volant permet de sauver de plus en plus de vies chaque années.
Mais l’excès de manière générale de bien d’autres substances et habitudes sont mauvaises lorsqu’elles sont consommées de manière excessive : la nourriture, le sommeil, le travail, les médicaments, mais aussi l’isolement, la télévision, les jeux vidéos, internet, le sport… Tout autant d’excès qui pèsent eux aussi sur le budget de la sécu.

Les acharnés en question sont pourtant souvent issus de la génération 68, celle des libertés individuelles, celle qui proclamait haut et fort : « il est interdit d’interdire ». Lutter contre le vin c’est comme lutter contre nos propres libertés ; évidemment la consommation excessive de vin n’est pas bonne, comme souvent c’est avant tout une question de bon sens. Et ceux qui raccrochent cette lutte au nom de la protection des jeunes générations, discutez donc avec les jeunes, ou connectez-vous à internet (pas trop longtemps attention!). Le binge drinking dont on entend parler est une réalité, mais son essence est l’alcool fort, à peine mélangé, puisque le but est justement de parvenir au plus vite à ses fins.

L’époque ou nos ouvriers français buvaient leur litron pour atténuer la fadeur du quotidien est bien révolue. La consommation de vin est avant tout une question de plaisir des sens, et malgré quelques incurables du biberon pour qui l’absence de publicité ou des mentions sur les étiquettes ne changent rien, les chiffres vont dans le sens d’une prise de conscience mondiale progressive d’une consommation raisonnée. Dans tous les coins de la planète, et tout particulièrement en France, la qualité prévaut sur la quantité, c’est un fait.

En France comme à l’export dans des pays comme le Royaume-Uni, les chiffres sont unanimes : la production de vin français a tendance à réduire en quantité, et augmente en valeur. Ce qui signifie que de part et d’autre de la Manche on consomme de moins en moins de vin français, mais on dépense de plus en plus pour cette même consommation, c’est-à-dire moins de vin mais de meilleure qualité.

Le vin n’en reste pas moins la boisson alcoolisée la plus consommée dans l’hexagone, et il représente plus de 550.000 emplois, ce qui n’est pas négligeable en ces temps de disette de travail. Le secteur représente notre deuxième poste le plus excédentaire à l’export après l’aéronautique, et suite à la loi Evin nos producteurs ne peuvent pas faire de publicité sur leur propre territoire… Ce qui n’est pas le cas des sociétés étrangères, qui ne se gênent pas pour accroître leur présence en France via nos réseaux sociaux, le comble.

Le vin plaisir fait partie de nos traditions, qui peut se permettre de s’y opposer? Boire un à trois verres par jour est un bénéfice pour la santé démontré scientifiquement et unanimement : réduction des maladies cardio-vasculaires, réduction de la maladie d’Alzheimer, augmentation des capacités cérébrales passé l’âge de la retraite…
Pour aller plus loin sur cet aspect des effets du vin sur la santé, je vous invite à aller voir l’article « Les effets d’une consommation responsable de vin sur la santé » sur le site internet Vin et Société, au nom des 500.000 acteurs de la vigne et du vin. Celui-ci s’efforce de synthétiser plus de 1000 études effectuées sur le sujet, c’est passionnant, très bien construit, et sans appel.

À ceux qui veulent absolument augmenter le champ des interdictions, ne serait-il pas plus judicieux de se pencher sur ces belles bouteilles de vin de table vendues au litre dans des contenants plastiques? Car ce type de produit est indiscutablement lié à l’alcoolisme, il faut l’admettre. Si certains veulent utiliser du vin de table pour la cuisine, il existe une solution qui fait ses preuves depuis belle lurette dans la restauration professionnelle : le vin salé et poivré. Rédhibitoire, même pour un alcoolique profond.

Sources
Wikipédia : Paradoxe français, Serge Renaud
Ciao : Vin et santé
Vin et société : Les effets d’une consommation responsable de vin sur la santé
Mémoire personnel de fin d’études : La perception des vins de Bordeaux et de Bourgogne au Royaume-Uni

Cave remplie de bouteilles de vin

La consommation de vin par habitant (1/2)

Se distinguant de la consommation en volume ou en valeur, la consommation de vin par habitant donne un précieux indicateur quant au potentiel de croissance de la consommation du pays en question lorsqu’il est mis en relation avec le facteur d’éducation des consommateurs de vin.
Voici les dernières données que j’ai pu recueillir sur le top 10 des pays dont les habitants consomment le plus de vin :

Consommation de vin par hab. (2005)

RangPaysConsommation (L / hab. / an)
1Vatican62,02
2Andorre60,13
3France55,85
4Luxembourg52,70
5Italie48,16
6Portugal46,67
7Slovénie43,77
8Croatie42,27
9Suisse39,87
10Espagne34,66

Consommation de vin par hab. (2011)

RangPaysConsommation (L / hab. / an)
1Vatican62,20
2Andorre50,39
3Luxembourg49,11
4Iles Norfolk46,29
5France45,61
6Slovénie44,98
7Portugal42,20
8Suisse37,88
9Italie37,63
10St Pierre et Miquelon35,67

D’après la dernière étude statistique du Wine Institute (tableau de 2011), l’organisation qui regroupe les producteurs de vins californiens, le pays qui a consommé le plus de vin par habitant en 2011 est le Vatican.
C’est évidemment faux, et il y a beaucoup plus intéressant à exploiter dans ces données que ces affirmations plutôt destinées à drainer du trafic dans la presse populaire.

Mon but ici n’est pas de discréditer tel journal (j’adore Slate) ou tel institut (le fastidieux travail du Wine Institute est une mine d’informations), mais bien de dresser un tel tableau destiné aux professionnels, domaines, exportateurs ou négociants, dont l’intérêt en terme de potentiel commercial dépasse les chiffres bruts affichés dans les deux tableaux ci-dessus.

I. Le cas du Vatican, de l’Andorre et du Luxembourg

A. Le Vatican

Plusieurs raisons peuvent expliquer la présence de la cité du Vatican en tête de ce classement.
L’argument du vin de messe, avancé par certains, ne fait pas long feu. D’une part, les prêtres doivent se contenter à priori d’une seule gorgée pendant la communion. D’autre part, le vin ne doit pas être acheté via les réseaux traditionnels, dans la mesure où la liturgie impose un vin « pur et non corrompu, sans mélange de substances étrangères ».

Ensuite, première explication qui donne un peu de sens, l’Annona, le supermarché du Vatican, est exempt de TVA et d’impôts. Les employés et retraités de la cité papale, soit environ 5.000 personnes, disposent de la carte nécessaire pour accéder à ce supermarché.
Avec une TVA à 22% sur les alcools en Italie soit quasiment un quart du prix des bouteilles, on imagine bien que certains en profitent pour aider quelques amis et voisins romains à réduire leur budget alimentation, crise oblige.
Plus important, si on considère que cette étude statistique est basée sur les 821 habitants du Vatican en 2011, nos 5.000 possesseurs de carte multiplient par 6 le nombre de personnes venant y faire ses courses. Ce qui nous amènerait à 10,40 litres par habitant et par an, plus ou moins à la 60ème place de notre tableau, à égalité avec les Etats-Unis, tiens donc.

Enfin la démographie du Vatican est très particulière. Très masculine, assez âgée, avec très peu d’enfants, sa population se prête peu aux statistiques brutes sur la consommation d’alcool ; à peine plus de 800 habitants sur 44 hectares, mais avec 5.000 personnes qui ont accès au supermarché, et quelques millions de visiteurs chaque année.

On voit ici que les statistiques touchent leur limite. Les statistiques complexes comprennent des variables venant pondérer plusieurs facteurs sur le résultat final. Avec tout le respect que je dois au Wine Institute pour élaborer de telles recherches qui servent beaucoup de professionnels, ce tableau récapitule simplement la consommation de vin rapportée au nombre d’habitants. Pour qu’il soit statistique, il faudrait y inclure des variables pour la répartition des sexes dans la population, ainsi que l’âge moyen ou plutôt la proportion de population en âge de boire de l’alcool, le nombre de population extérieure amenée à faire ses courses dans le pays, ainsi qu’une variable ramenant la population à la quantité de touristes étrangers. Autant dire que c’est impossible.
Le tableau idéal s’appellerait bien « Consommation de vin par habitant en âge de boire de l’alcool, à répartition homme-femme égale, et touristes et possesseurs de passe-droits exclus ». Mais ça ferait un peu longuet et moins vendeur, je vous l’accorde.

B. L’Andorre

Si le Vatican est un cas très particulier, beaucoup de micro-pays ont choisi la voie d’une fiscalité avantageuse pour augmenter leur attractivité.
C’est le cas d’Andorre, qui bien qu’utilisant l’Euro, est une enclave dans l’Union Européenne considérée comme un paradis fiscal.

Pour sortir de leur isolement géographique et économique, la principauté a établi une fiscalité très avantageuse, avec des impôts très réduits et une TVA minime à 4,5%.
Outre ses beaux paysages et ses quelques stations de ski, l’Andorre attire principalement ses 10 millions de touristes annuels grâce à des tarifs planchers sur l’alcool et le tabac. Avec la même monnaie, les touristes français peuvent acheter alcools, vins et cigarettes 2,5 fois moins cher qu’en métropole.
J’ai déjà entendu des témoignages d’employés saisonniers de restauration, envoyés depuis la côte basque par leur patron, aller chercher sur leur temps de travail alcools et vins dûment réglés en espèces. (…).

Avec 80.000 habitants et 10 millions de touristes dont quelques professionnels des pays limitrophes peu scrupuleux, il me paraît difficile d’établir des statistiques précises. La consommation de vin par andorran doit probablement être 2, 3 voire 4 fois moins élevée que les chiffres officiels, qui ne prennent en compte que le vin acheté sur le territoire, et non consommé sur le territoire.

C. Le Luxembourg

Avec le 2ème PIB par habitant le plus élevé en 2013 après le Qatar d’après le FMI, le Luxembourg est un des pays les plus riches et les plus prospères au monde. Son économie dynamique et florissante est, micro-pays oblige, basée sur une fiscalité très avantageuse pour les entreprises, et principalement les sociétés financières.
Considéré comme un paradis fiscal malgré quelques efforts concédés à l’Union Européenne dernièrement, le Grand-Duché présente une concentration de banques privées, fonds d’investissement, sociétés d’investissement à capital risque et autres holding unique en Europe et dans le monde, facilitée par un secret bancaire sous-jacent.

Comme dans le cas du Vatican et d’Andorre, il est difficile d’établir des statistiques précises quant à la consommation de vin sur le petit territoire. En effet, les statistiques incluent le vin acheté sur le territoire et non le vin consommé. Aux quelques 500.000 luxembourgeois doivent s’ajouter près de 150.000 frontaliers et étrangers travaillant pour le compte des sociétés financières, et plus récemment dans les sociétés liés à Internet attirées elles aussi par les ristournes fiscales : Amazon, AOL, Apple, eBay, Paypal, Skype… D’autant que ces employés sont dotés d’un très fort pouvoir d’achat. Les frontaliers belges et français ont évidemment intérêt à venir se fournir au Luxembourg pour grignoter quelques points de TVA : 17% au Luxembourg, contre 20% en France et 21% en Belgique.

Bien que moins fantaisiste que pour le Vatican et Andorre, la consommation de vin par habitant du Grand-Duché du Luxembourg me paraît tout de même sur-côtée, sans pouvoir y apporter de rectification précise statistiquement valable. A la louche, j’aurais tendance à abaisser leur consommation d’environ 15%.

 D. Les autres micro-états

En excluant tous les micro-états qui sont dotés d’une fiscalité avantageuse, voire considérés comme des paradis fiscaux, il reste certains petits bouts de territoire indépendants, dispersés ça et là autour du globe, dont l’attractivité est très modérée.
Îles Caïman, Îles Falkland, St Hélène, Gibraltar, Îles Vierges… Certains sont mêmes si peu peuplés qu’ils remplissent difficilement la taille d’échantillon minimale de 1024 considérée habituellement dans les statistiques : Îles Christmas, Îles Cocoa… Autant de territoires qui rentrent dans le top 30 des plus gros consommateurs de vin par habitant.
Sans parler des spécificités de chaque état, dont voici encore deux exemples qui figurent dans le top 10.

Île Norfolk : 2.000 habitants, principalement issus de colonies pénitentiaires et de mutinés du Bounty, perdus au milieu du Pacifique entre deux gros pays producteurs de vin, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Faute d’attractivité, l’isolement amène l’ennui, le pire ennemi de l’homme, et l’ennui amène souvent divers agréments dont l’alcool fait malheureusement partie.

St Pierre-et-Miquelon : 6.000 habitants, principalement fonctionnaires de la France, dont les salaires sont majorés de 50%. Et l’isolement amène l’ennui… qui amène à son tour une forte consommation de vin par habitant, probablement très proche de la réalité dans ces tableaux.

Toujours est-il que ces micro-états, sauf leur respect, ne présentent qu’un intérêt limité pour les professionnels. Je fixerai donc un minimum de population de 300.000 habitants dans mon classement, qui me paraît être le bon équilibre pour servir au mieux les intérêts de la rentabilité économique.

 

Lire la partie 2 (bientôt disponible) : La consommation de vin par habitant (2/2)

 

Sources:
Wikipedia :  Vin, Vatican, Andorre, Luxembourg, Île NorfolkSaint-Pierre-et-Miquelon.
Wine Institute : Wine Institute statistics
Commission européenne : Taux de TVA des Etats membres
Slate : Le pays où l’on consomme le plus de vin dans le monde est… le Vatican
The Guardian : Why does the Vatican drink so much wine?
Le Figaro : Le Vatican est le plus gros consommateur de vin au monde

Bouteilles du domaine de la Romanée Conti reposant dans une cave

Le réseau européen de faux Romanée-Conti

La Romanée Conti, appellation en monopole du domaine éponyme, est un des vins les plus chers du monde. Moins de deux hectares pour environ 6000 bouteilles par an vendues à des distributeurs surveillés et triés sur le volet. Rentrer dans le fichier client de ce domaine basé à Vosne-Romanée s’apparente à un parcours du combattant, et les rares élus se voient facturés une ou plusieurs dizaines de milliers d’Euros une caisse panachée avec les autres appellations du domaine, La Tâche, Romanée Saint Vivant, Echezeaux, Grands Echezeaux et Richebourg.
Un luxe dont le revers de la médaille va grandissant : la contrefaçon.

Fin 2012, suite au signalement de plusieurs clients lors d’une vente aux enchères, le domaine viticole dépose une plainte pour mise sur le marché français et international de bouteilles contrefaites. Deux juges d’instruction et plusieurs enquêteurs de la section de recherches de Dijon mettent rapidement la main sur 69 fausses bouteilles en France. Les experts du laboratoire du ministère des Finances de Montpellier confirme le cas de contrefaçon, en distinguant plusieurs techniques au sein de ce même réseau de faussaires. Certaines bouteilles et étiquettes sont authentiques, d’autres non, mais toutes contiennent un mélange de plusieurs vins d’origines indéterminées de piètre qualité.
Le 8 mars 2013, le parquet de Dijon ouvre une information judiciaire notamment pour escroquerie en bande organisée. L’Office Central de Lutte contre les Atteintes à l’Environnement et à la Santé Publique (OCLAESP) a effectivement relevé l’existence d’un réseau organisé aux ramifications européennes.
Le 16 octobre 2013, en collaboration avec Eurojust et Europol, deux juges dijonnais planifient un vaste coup de filet visant plus de vingt entrepôts et domiciles, simultanément en Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Chypre. Sept personnes sont arrêtées et entendues, dont deux italiens, un père et son fils établis dans le négoce de vin, qui sont en attente d’extradition. On retrouvera chez eux des emballages identiques à ceux ayant servi au premier lot de 69 faux Romanée-Conti saisies un an plus tôt.

L’enquête pour « fourniture ou offre à la vente, importation, exportation, production, détention de marchandises présentées sous une marque contrefaisante en bande organisée, reproduction et utilisation de la marque AOC Romanée-Conti, escroqueries en bande organisée et association de malfaiteurs » permet de recenser 400 bouteilles mises sur le marché, pour une somme avoisinant les deux millions d’euros.
Mais il manque encore l’une des pièces maîtresses de l’échiquier, un russe domicilié à Milan chargé d’introduire les fausses bouteilles dans le circuit des bouteilles anciennes.
Ce receleur toquera a de nombreuses portes sur Paris pour essayer d’écouler ses faux flacons. Il organisera un rendez-vous dans un palace parisien avec l’un de mes amis basé à Paris, négociant reconnu et grand connaisseur de Romanée-Conti. Cet ami m’avouera que les bouteilles étaient effectivement très proches des originales, et que seul un œil averti pouvait s’apercevoir d’une petite incohérence dans les numéros de série de la contre-étiquette. Mais ce monde parisien des vins rares est un petit monde, et le Russe finira par fuir à force de bruits de couloir.

Effectivement, les gendarmes ne parviendront à l’arrêter que début mai 2014, où il avait donné rendez-vous à un acheteur potentiel dans un bel hôtel de Meursault, à deux pas du vignoble de la Société Civile du Domaine de la Romanée Conti, autant dire dans la gueule du loup. Placé en garde à vue et incarcéré dans la foulée, l’enquête n’en est pas terminée pour autant, puisque les deux italiens qui ont été arrêtés provisoirement suite à la diffusion de mandats d’arrêt européens, sont toujours attendus par les magistrats dijonnais.

En comparaison avec l’affaire Rudy Kurniawan, ces faux Romanée-Conti ‘bien’ contrefaits, dont certains étaient composés de flacons originaux, ne laissent en revanche aucun doute possible dès lors que le contenu est goûté. La célérité d’une telle opération, du point de vue des contrefacteurs, est une condition sine qua none. Ici, la difficile revente des bouteilles ayant traîné en longueur aura laissé le temps a quelques curieux fortunés de déboucher un flacon et de se polluer la bouche instantanément.

Depuis, le très récent site officiel de la Romanée-Conti publie un message d’avertissement sous forme de pop-up sur la page d’accueil, que je me permets de vous retranscrire dans son intégralité :

IMPORTANT : CONTREFACONS !

Tout récemment, les médias se sont fait l’écho d’un important « coup de filet » des services de police de plusieurs pays d’Europe dont la France, qui a révélé l’existence d’un réseau international de contrefaçons concernant notamment la Romanée-Conti dans des millésimes récents. Plusieurs personnes ont été arrêtées, mais l’opération n’est pas terminée et cette affaire verra certainement d’autres rebondissements.

Ces événements sont certes regrettables, mais ils montrent la volonté qu’ont aujourd’hui les autorités françaises et européennes de s’opposer fermement et de mettre fin à des agissements qui sont très dommageables pour l’image des grands vins français. Nous nous en réjouissons.
Parmi les victimes des contrefacteurs figurent des professionnels, mais aussi des collectionneurs de grands vins.

C’est pourquoi nous souhaitons profiter de l’occasion pour insister à nouveau sur un point essentiel qui intéresse tous les amateurs de vins du Domaine, qu’ils soient professionnels ou particuliers : il est très important que, sauf certitude totale sur la provenance des bouteilles qui peuvent leur être proposées, ils n’achètent jamais nos vins que par les circuits officiels connus c’est-à-dire nos distributeurs et les cavistes qu’ils ont sélectionnés, seule garantie d’authenticité et aussi d’intégrité, c’est-à-dire de bonne conservation des bouteilles.

Sources
Le Figaro : Arrêtés pour vente de faux romanée-conti
Bien Public : Meursault : un trafiquant de vins russe interpellé par les gendarmes
Europe 1 : Ils écoulent 400 fausses bouteilles de Romanée-Conti
Le Parisien : Démantèlement d’un réseau de contrefaçon de Romanée-Conti : 2 Italiens interpellés en Italie
Site officiel de la Romanée-Conti : www.romanee-conti.fr